En novembre 2008, on pouvait déjà compter la fermeture de 60 villages Club Med. Henri Giscard d’Estaing ne parie plus sur une stratégie de volume, il veut,
aujourd’hui, offrir des villages luxueux et conviviaux à ses GM, sans pour autant changer de beaucoup les conditions de travail de ses GO.
(Photo : Club Med)
En 2001, après les attentats du 11 septembre et l’apparition du low cost, le groupe choisit de revoir ses priorités stratégiques.
Il commence par la fermeture de certains villages et la rénovation des autres. Au total environs 60 villages ont été fermés. En contre partie, une vingtaine ont été
ouverts et de gros budgets ont été affectés à la rénovation des 70 restants ainsi qu’à la formation des GO.
Le Club Med a consacré 5 millions d’euros afin d’ouvrir une « université de talents » où certains GO et GE*** sont invités, chaque année, à participer à
des cessions de formation.
« En 2008, nous avons mis l’accent sur les principes qui doivent guider nos managers » précise Sylvie Brisson, chef du projet Magellan et responsable de
l’université des talents.
La plupart des GO sont entrés au Club Med avec peu ou pas de diplômes, cependant, aujourd’hui, certains d’entre eux tentent d’obtenir un Master 2 en Management
d’une PME internationale avec le dispositif de la validation des acquis et expériences, à l’université de Paris XII.
Malgré ces efforts de formation, l’entreprise souffre toujours d’un important taux de turnover au niveau de ses saisonniers.
Pour la direction, ce phénomène est dû au profil des nouveaux GO, génération « Y » adepte du zapping et friande des réseaux sociaux. « Avant, les
jeunes venaient pour voyager et rencontrer des gens de tous horizons. Aujourd’hui, ils veulent du confort avant tout et ne prennent pas le temps de découvrir le métier. Ils zappent d’un job à
l’autre sans se soucier des conséquences » précise Karim Dos Santos, entré au Club Med en 1998, comme moniteur de tennis et aujourd’hui chef de village.
Les salaires offerts aux GO, ne sont surement pas, non plus, suffisamment attractif. Une GO assistante en gestion des ressources humaines est embauchée avec un bac
+ 5 et deux années d’expériences. Le salaire qui lui est proposé est le SMIC auquel est enlevé une participation au logement (entre 60 et 100 euros) et aux repas (environs 250 euros).
D’après Gino Andreetta, DRH des GO villages, le turnover est dû à l’activité du Club Med ainsi qu’au type de contrats. « Pour la grande majorité, nous
travaillons avec des saisonniers, en CDD ».
La possibilité, tant rêvée, par les GO, de pouvoir voyager à travers le monde n’est plus vraiment un argument très pertinent. En effet, après une ou deux saisons en
France, les GO sont normalement affectés à l’étranger. « Le souci, c’est que les GO européens restent cantonnés à la zone Europe-Afrique par soucis d’économie. Un Salarié asiatique est
toujours quatre fois moins cher qu’un salarié français » explique une salarié lyonnaise. S’envole alors les rêves de contrées lointaines.
Enfin, afin de diminuer le taux de turnover et de palier à la pénurie de main-d’œuvre, notamment dans les métiers de l’hôtellerie, une période d’expérimentation,
avec la Turquie, a été mise en place par le Club. « En trois ans, près d’une centaine de salariés turcs sont venus travailler en France avec un salaire quatre fois plus important que dans
leur pays d’origine », explique Christian Juyaux, secrétaire du comité européen de dialogue social. Le groupe envisage ainsi de travailler avec de nouveaux pays tels que le Maroc, la Tunisie
et l’île Maurice.
(Photo : Club
Med)
(Photo : Club Med)
Entretien avec une ancienne GO assistante ressources humaines
Pouvez-vous nous décrire une de vos journées type lorsque vous travailliez au Club Med ?
6 h 45 : Accueil Restaurant (2 fois par semaine), jusque 9h
9 h 00 : prise de son poste (ex : assistante RH), jusque 12 h
12 h 00 : déjeuné, obligatoirement avec les clients, rester avec eux jusque 14h
14 h 00 : reprise de son poste (ex : assistante RH), jusque 17h ou 16h30 lorsqu’on est responsable du goûter
16 h 30 : goûter : servir du vin chaud, des brioches…aux clients (2 fois par semaine), jusque 18h
18 h 00 : prendre une douche, se prélasser 10 minutes et se préparer selon le thème de la soirée.
19 h 00 : repas, obligatoirement avec les clients. Quand on a fini de manger, on doit aider à la mise en place du spectacle ou aller au
bar avec les clients.
21 h 00 : début du spectacle des GO
23 h 30 : réunion de travail avec toute l’équipe GO et GE (2 à 3 fois par semaine)
00 h 30 : répétition du spectacle pour le lendemain (souvent jusque 2 ou 3 h 00 du matin)
2 h 00 : Enfin le temps de se reposer arrive. Mais attention, nous sommes d’astreinte : si un client arrive au milieu de la nuit, ce
qui arrive souvent avec les clients qui arrivent en avion, par exemple, tous les GO doivent se lever pour les accueillir.
Le travail que j’effectuais en dehors de mes responsabilités relatives à la gestion des ressources humaines, manger avec les GM, participer aux spectacles et à leur
répétitions, participer aux réunions avec le chef de village, c’est ce que le Club appelle les temps de convivialité. Les GO ne peuvent se soustraire à ces temps de convivialité sous peine de ne
pas voir leur contrat renouvelé.
Que vous avait-on expliqué durant la journée de recrutement concernant les temps de convivialité ?
Le jour du recrutement, on nous parle des temps de convivialité, comme d’une évidence et des spectacles comme une chance unique de passer sur scène mais également comme étant
non obligatoires.
On m’avait également expliqué que les temps de convivialité étaient difficilement calculables donc non rémunéré.
Avez-vous essayé de refuser de participer à des spectacles ?
Les GO en train de répéter une chorégraphie, France,
Décembre 2004. (Photo : Club Med)
La chorégraphe est venue me voir dés les premiers jours pour m’annoncer les spectacles sur lesquels j’étais prévue. Bizarrement, elle ne m’avait pas consulté avant pour me
demander mon avis et ne me présentait pas du tout la chose comme une possibilité, une option ou un choix.
J’aime l’univers du spectacle, j’aime être sur scène. J’ai un DEUG art du Spectacle, en plus de mon master en gestion des ressources humaines, donc lorsqu’on m’a proposé de participer aux
spectacles j’ai dessuite accepté. Mail j’ai, tout de même, essayé de refuser une des cinq chorégraphies auxquelles je participais, car
on y était très dénudée. J’ai eu beau dire que je ne souhaitais pas faire cette chorégraphie à plusieurs reprises, je me suis finalement retrouvée sur scène.
Et pour ceux dont la scène les mets très mal à l’aise, pour ceux qui ne s’en sente pas capable, on leur répond que c’est justement un moyen de dépasser ses limites, en aucun
cas il n’est concevable de ne pas aller sur scène.
De plus, il ne vaut mieux pas ne pas participer aux spectacles, tout comme aux temps de convivialité, si l’on ne veut pas que nos rapport avec les autres salariés se dégrades à
en devenir insupportables. Il ne faut pas oublier que nous vivons ensemble 24/24 h, 7/7 jours. Si je n’effectue pas ce travail, alors un autre devra le faire à ma place et se verra alors
augmenter sa charge de travail.
Tout comme l’on ne peut non plus tomber malade ou être fatigué sans passer pour une personne faible, qui laisse à ses collèges une charge de travail supplémentaire. Ainsi les
malades se font insulter et traiter de façon assez agressive.
Et en ce qui concerne les journées de repos, institué par Philippe Bourguignon, en 1999 ?
Les journées de repos n’en sont pas vraiment. Si nous nous trouvons dans le « village », nous sommes obligé de porter notre badge et si un client nous demande de l’aide ou un
renseignement, on ne peut évidement pas lui répondre de s’adresser à l’un de nos confrère car il s’agit de notre jour de repos. Ce qui pourrait être perçu comme très impoli.
De plus, on doit également être sur les spectacles, les répétitions ainsi que les réunions de travail.
Lors des journées de recrutement, on vous vend le fait d’être sur des sites fabuleux mais en fait vous n’avez jamais vraiment le temps d’en profiter. Lors de votre jour de repos vous avez tout
juste le temps de dormir, faire votre lessive, répondre aux clients, participer au spectacle, répétition, réunions…
Pouvez-vous nous décrire vos conditions de logement ?
Je dormais dans une chambre d’environs 12m2 avec deux autres GO. Nous avions une salle de bain dans notre chambre. Ce qui est du luxe puisque les GE, se voit attribuer une
chambre de 9m2, qu’ils doivent également partager à 3.
Qu’avez-vous dit lors de votre démission et que vous a-t-on répondu ?
Les GO en plein Crazy Signs. Lors des Crazy Signs, les GO reproduisent les mouvements, de bras, de jambes…, du chef de village. Le tout sur des airs
populaires tels que la danse des canards, il y a du soleil et des nanas… France, Décembre 2004. (Photo : Club Med)
Le jour où j’ai annoncé ma démission à ma responsable, je lui ais dis que je partais car la « vie de village » était trop prenante, qu’il fallait tout donner au Club
Med, que c’était trop et que je ne pensais pas tenir le coup sur plusieurs mois. Au lieu de me proposer de faire moins de spectacles ou moins de temps de convivialité, qui théoriquement ne sont
pas obligatoire, elle m’a dit que si je n’étais pas faite pour la « vie de village », il fallait mieux que je parte, que la vie de village faisait entièrement partie du travail d’un
GO.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Au final, je me représente sûrement le Club Med comme une secte :
- peu de sommeil
- beaucoup de travail
- un dépassement de soi souvent demandé sur les spectacles
- des réunions de travail tard le soir, où l’on nous rabâche les valeurs, le comportement à avoir
- pas d’accès à l’extérieur, aux informations : pas de TV, pas de radio, une seule borne internet pour tout le village, payante et évidemment les clients sont
prioritaires, même sur l’ordinateur dans mon bureau accès très très limité à internet : pas de messagerie, accès à quelques sites seulement, tels que la sncf, les pages jaunes, pas de
possibilité de faire des recherche RH, pas d’accès au moteur de recherche…; plus de lien avec ses proches (à noël je n’ai même pas eu le temps d’appeler les membres de ma famille)…
- Et bien évidemment un Gourou qui fait des propositions sexuelles malsaines.
« Tu sais on peut revoir ton contrat, les papiers se déchirent, les signatures s’effacent… »
Propos du responsable animation après qu’ils (responsable animation et chef de village) m’aient fait la proposition de coucher avec le chef de village et lui même….
J’ai appris par la suite que d’autres filles ont eu des propositions du même genre, notamment des filles ayant été licenciées.
Présentation, par le chef de village de toute une équipe
de GO et GE pour servir une nouvelle catégorie de GM.
France, Décembre 2004 (Photo : Club Med)
* Gentil Membre
** Gentil Organisateur
*** Gentil Employé